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20/12/2009

LES RUES DU QUARTIER NAUT

Du chemin de Saint-Clair à la rue Paul Valéry, le quartier Haut est délimité par la grande-rue HAUTE dominant les carrières du Souras et du Roi, frôlant la décanale Saint-Louis, au sein d'un ensemble de petites maisons étroites, à deux ou trois étages, sans aucun ornement particulier mais dont l'unité dans la simplicité confère néanmoins un cachet typique à ce quartier bâti dès les origines de Sète au XVIIe siècle, du moins pour sa partie Sud à la verticale du port. Elle est formée de plusieurs tronçons comme l'atteste de nos jours encore la lecture d'un plan par le dessin de sa forme ce que, d'ailleurs, concrétisait le cadastre de 1827 qui, de la mer au centre-ville, distinguait les rues de Lamouroux, du Presbytère, du Couvent, Berthézéne et de la Comédie correspondant aux limites que sont aujourd'hui les rues Traversière, des Trois Journées, Garenne, Louis Blanc et Paul Valéry. Devenue au milieu du XIXe siècle la grande-rue Haute elle eût pu, si la ville avait donné suite à une délibération du 15 février 1933, être baptisée rue Monseigneur Jarlin du nom de ce fils de tonnelier, né à Sète le 20 janvier 1856 au n° 6 de la même rue dans la maison Guirauden (serait l'actuel n° 57), qui, évêque de Pékin, se pencha sur la dépouille mortelle de l'aspirant Herber mort en défendant la légation française en 1900. Stanislas-François Jarlin décéda en Chine le 27 janvier 1933.

Cette rue fut, pourrait-on dire, la première à avoir été tracée au XVIIe siècle puisque les maisons construites pour les «travailleurs à la jetée» venus des environs de l'étang de Thau dès 1666 se trouvaient au-dessus du Souras-Bas, que Paul Riquet en 1670 en accrut le nombre vu le vaste chantier que constituait le môle, qu'enfin l'élévation de l'église Saint-Louis consacrée en 1703 confirma l'occupation des lieux. Il est à noter, toutefois, que ces maisons se trouvaient de part et d'autre de la rue, face à l'actuel cimetière marin, la carrière du Souras étant moins profonde aux origines. Selon la numérotation des habitations, inversée par rapport aux époques de peuplement de la grande-rue Haute, le n° 8 abrite une crèche, propriété du Bureau d'Aide Sociale, affectée aux enfants en bas âge par les filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul et cédée à la ville sous la condition d'y maintenir une activité analogue, ce qui explique la gravure du linteau : «Crèche Saint-Vincent», bâtiment construit à proximité du couvent de cet ordre rue Paul Valéry avec lequel il communiquait.


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Derrière l'église Saint-Louis, n° 42 bis, se trouve l'imposante construction du XVIIIe siècle que fut, à l'origine, le couvent des religieuses de Saint-Maur ou sœurs noires venues à Sète en 1728 avec pour tâche l'enseignement des filles pauvres, nombreuses en ce quartier. Devenu, au début du XXe siècle, l'École Pratique de Commerce et d'Industrie, Collège Technique ensuite, ce couvent et le parc qui le jouxte sur l'arrière font, depuis 1987, l'objet d'un plan d'aménagement immobilier qui doit redonner à la façade une allure digne de cet ordre qui se dévoua auprès des Sétois durant plus de deux siècles et demi puisque, il y a peu de temps encore, l'école Saint-Vincent (rue Raymond Lefebvre) relevait des dames de Saint-Maur. Un encadrement de porte au n° 83, seul à être ouvragé d'une rue à maisons fort étroites, peut évoquer les temps anciens de ce quartier Haut, mais il semble douteux qu'il soit de facture XVIIIe siècle. Quant au presbytère qui donna son nom à l'un des tronçons de rue, s'il exista au n° 112, rien n'en témoigne actuellement, la dernière partie de la grande-rue Haute n'en conservant pas moins la saveur méditerranéenne d'un quartier longtemps habité presque exclusivement par des immigrés italiens depuis la fin du XIXe siècle, originaires de la région de Naples.

Longeant le couvent des sœurs noires, l'ancienne impasse Borne, devenue rue BORNE (délib. 17 décembre 1987), conduisait au parc restructuré de nos jours, le «Parc du Grand Couvent» (délib. 18 février 1988). Elle évoque une famille sétoise qui participa avec Jacques, négociant, au consulat de 1766 au titre de « policien » chargé de veiller à l'ordre public, conseiller en 1767-1768, et Léopold, gérant de commerce, élu avec la municipalité Euzet de 1919 à 1925, pour autant qu'il s'agisse de la même famille. En ce qui fut son cul-de-sac passe désormais la récente rue EMILE BONNET (délib. 17 décembre 1987) reliant les rues Garenne prolongée et Franklin. Fils de négociant, né à Sète le 22 septembre 1863, docteur en droit, Montpelliérain d'adoption, ville dans laquelle il se marie en 1906, avocat, professeur à l'École supérieure de commerce, membre de l'Académie des sciences et lettres, conservateur des collections de la Société archéologique, directeur du journal «Le Moniteur judiciaire», officier d'académie, Bonnet fut l'auteur de multiples publications concernant Montpellier, Béziers, Sète auxquelles les historiens se réfèrent toujours tant elles furent rédigées avec rigueur.

Non loin, donc, de l'ancien couvent des dames de Saint-Maur, la rue FRANKLIN (délib. 12 mai 1883) fut dénommée rue de la Convention le 8 janvier 1799, rue de la Citadelle au début du XIXe siècle et chemin de Saint-Clair n° 2. Particulièrement escarpée, elle permettait d'accéder à la citadelle Richelieu plus directement depuis la ville que par le traditionnel chemin de Saint-Clair. Rendant hommage à celui (1706 -1790) qui fut l'un des pionniers de l'indépendance des colonies anglaises, vint en France négocier l'alliance de Louis XVI avec la Nouvelle République et fut connu encore pour l'invention du paratonnerre, cette rue traversant les terres appartenant également jadis aux dames noires borde l'école Saint-Jean à vaste chapelle perpétuant la tradition éducative des sœurs auxquelles succédèrent les Dominicaines. Un ancien portail portait «Salle d'asile», sorte d'école maternelle pour enfants pauvres relevant avant la Révolution de cette congrégation.

L'impasse du SOURAS et la rue du SOURAS HAUT dont on a vu l'étymologie précédemment avec la carrière du Souras sont parallèles ou coupent la rue JEAN-ROBERT PINET (délib. 9 mai 1985) qui communique avec le petit plan des Herbettes. Né à Sète le 4 mars 1910, Pinet entre à l'École des Beaux Arts de Montpellier où il est l'élève du sculpteur Guigue et, parallèlement, pratique l'aviron au Rowing-club de Sète, champion de France en 1930, année où il part à Paris, élève du peintre Lucien Simon à l'École Nationale supérieure des Beaux Arts ce qui le conduit au professorat. Premier Grand Prix de Rome de peinture en 1936 ayant participé à la réorganisation du Musée municipal (rue Raspail) au lendemain de la Libération, il est l'auteur également de décorations murales (salle du Conseil municipal de Poissy, collège de Creil). Il meurt à Paris le 13 novembre 1947. Cette rue, appelée traditionnellement de l'Hôpital depuis la création de cet établissement (place de l'Hospitalet) au XVIIIe siècle, ne fut pas touchée semble-t-il par les changements de noms de la période révolutionnaire. Intégrée au cours du XIXe siècle dans la rue Saint-Charles, elle le fut dans la rue Villaret-Joyeuse à la fin du même siècle sous l'appellation de rue Villaret-Joyeuse Prolongée jusqu'en 1985.

La rue CARON longe le bas de la place de l'Hospitalet entre les escaliers dits «les 80» et ceux de la rue Elie d'Elia. Dénommée rampe de Caron sur le cadastre de 1827 du fait de la déclivité par paliers qui caractérise ce secteur, elle participe au Sète du XVIIIe siècle par son appellation puisque un Jean Caron, cordier, est nommé « policien» de 1733 à 1738, c'est-à-dire chargé de la surveillance de l'ordre public et devient deuxième consul en 1738-1739 alors qu'un Louis Caron est secrétaire-greffier de l'administration municipale élue en 1792.

La place de l'HOSPITALET, malgré son diminutif, perpétue le souvenir de ce qui fut le site du premier hôpital Saint-Charles de la ville. D'une seule salle en 1693, il en compta cinq, dont une réservée aux femmes, ainsi qu'une chapelle et un cimetière lequel fut interdit aux ensevelissements en 1808 pour des raisons d'hygiène compréhensibles dans un quartier de plus en plus peuplé. L'hôpital, reconnu officiellement par l'évêque d'Agde Mgr de Pas de Feuquières en 1713 qui se déplaça jusque dans son île sujette pour y approuver les statuts, demeura en service durant deux siècles et demi avant que ne soit construit dans la basse ville au milieu du XIXe siècle un second hôpital Saint-Charles. Il convient de souligner que ce bâtiment n'hébergeait que les malades et les blessés, non les «pauvres honteux» selon l'expression consacrée sous l'Ancien Régime. A la suite de son abandon et de sa destruction, la carrière du Roi creusa son terre-plein afin de fournir la pierre des quais du canal Maritime et du Nouveau Bassin.

Rien d'étonnant, cependant, à ce que la rue longeant le haut de la place de l'Hospitalet s'appelât durant le XVIIIe siècle, rue Saint-Charles, débaptisée au profit de rue de l'Humanité le 8 janvier 1799, rebaptisée Saint- Charles dès l'Empire pour devenir rue VILLARET-JOYEUSE (délib. 12 mai 1883) jusqu'à nos jours évoquant la mémoire de l'amiral Louis Thomas Villaret de Joyeuse (Auch 1750 - Venise 1812), comte de l'Empire en 1808 et Gouverneur général du port de l'Adriatique. Cette rue abritant le presbytère de l'église Saint-Louis construit sur des vacants en 1748 ne présente d'autre intérêt, mais il n'est pas négligeable, que celui de dominer la carrière du Roi et d'offrir une vue imprenable sur le port et la mer.

Entre la grande-rue Haute et la rue Villaret-Joyeuse trois courtes rues assurent la jonction et offrent un panorama surprenant sur la Méditerranée. Au Sud, la rue TRAVERSIERE dont l'étymologie se passe de commentaire mais qui peut dériver également d'un habitant du quartier s'appelant ou surnommé Traverse au XVIIIe siècle tout autant que la rue SERRE qui lui fait suite. S'il était, en effet, commun dans le cadre de la levée des impôts sous l'Ancien Régime de désigner telle partie de la ville du nom d'île et de la qualifier par référence à un habitant connu, il existait les îles de Traverse et de Serre. Précisément, un Simon Serre participa à l'administration municipale dès 1698 au titre de policien, d'auditeur des comptes, de consul en 1726 et encore jusqu'en 1740, toujours sous le même prénom quoique, peut-être, il s'agît alors d'un fils. La délibération du 8 janvier 1799 voulut-t-elle effacer ce nom rappelant aux Sétois la levée de la capitation et autres impôts ? Elle débaptisa la rue pour en faire, comme l'actuelle rue Franklin, dite alors de la Citadelle, la rue de la Convention. Le retour aux sources s'imposa ensuite sous le nom de traverse Serre qui demeura.

La troisième rue de jonction est celle des DEPUTES épargnée par le Directoire en 1799 puisque non encore dénommée ainsi sur le cadastre de 1827 retenant l'appellation de rue du plan Cavalier. Une minuscule place se trouve, en effet, en son sommet, mais trois marches donnant sur la rue Villaret-Joyeuse rendent la voie impraticable à la circulation. Un nommé Cavalier (d'où île Cavalier pour la levée des impôts) y habitait sous l'Ancien Régime. Il serait, en effet, surprenant que Sète voulût honorer le chef des camisards Jean Cavalier qui se soumit en 1704, appellation surprenante alors, quoique Sète ne se ressentît jamais de la révocation de l'édit de Nantes en 1685 et ignorât les suites des dragonnades. Pourquoi ce nom de Députés donné au cours du XIXe siècle ? Il peut s'agir d'un hommage rendu à la Chambre des députés, nom porté de 1814 à 1848 et de 1875 à 1940 par la Chambre basse qu'est aujourd'hui l'Assemblée nationale où furent élus plusieurs Sétois sous la IIIe République car elle figure en tant que telle sur un plan de 1877. Une référence aux délégués municipaux, ou « députés », qui s'y seraient réunis en 1789, opposés au maire, est hypothétique.

Deux courtes rues encadrent l'église Saint-Louis. La rue BROUILLONNET, au bas de laquelle se trouvent quelques marches, porte le nom d'une famille inscrite sur les registres paroissiaux dès 1723 dont les représentants s'illustrent comme maîtres maçons à Sète sous l'Ancien Régime et au XIXe siècle. En témoigne, notamment, en juillet 1844, l'adjudication emportée par Jacques Brouillonnet des travaux de réparation du clocher de l'église Saint-Joseph, entrepris aussitôt mais réduits à néant sous l'effet d'une trombe électrique du 22 octobre qui valut d'ailleurs une communication du physicien Arago auprès de l'Académie des Sciences. Sur le plan politique, un Jean Brouillonnet est élu conseiller municipal en 1892, une Marie-Louise participe à la Délégation spéciale durant la Seconde Guerre mondiale, mais ce nom ne figure pas sur les listes des municipalités antérieures. Étant, toutefois, porté sur le cadastre de 1827, sans doute faut-il penser qu'il est donc celui d'un habitant de ce quartier Haut suffisamment connu pour être ainsi immortalisé à la fin XVIIIe - début XIXe siècle. Sous la IIIe République, jusqu'à la guerre de 1914-1918, une maison de vins appartenait encore à Léon Brouillonnet, apparenté et allié aux félibres Galibert et Soulet ainsi qu'au peintre Guirand de Scevola.

La seconde rue longeant l'église Saint-Louis ne paraît pas avoir été baptisée avant la Révolution. Comment aurait-elle pu conserver le nom de rue des Sœurs alors que la délibération du 8 janvier 1799 s'attacha à supprimer toute référence à la religion ? C'est, en effet, sous cette appellation qu'est connue, en raison du couvent des dames de Saint-Maur qui la dominait, la rue devenue le 12 mai 1883 rue JEANNE D'ARC dans laquelle se trouve une statue de la «pucelle d'Orléans» (1412 - 1431) insérée dans une petite niche à l'angle de cette rue et de la rue Pascal.

L'église Saint-Louis dont le nom s'en réfère au patron de la ville naquit des cartons de l'architecte Daviler (1653 - 1700), collaborateur de Mansart, auteur de la promenade et de l'arc de triomphe du Peyrou à Montpellier. Le projet émis en 1695 est concrétisé le 24 octobre 1700 avec la bénédiction de la première pierre par l'évêque d'Agde Mgr Louis Fouquet de Vaux et le premier office célébré le 18 juillet 1703. Construite sur le roc, face à l'Est, elle eut trois hauts de clocher différents : à toiture pointue aux origines, à «cage de fer» pour recevoir une cloche d'une tonne en 1714 - 1715, surmonté enfin d'une statue de la Vierge en 1869. Elle eut également trois horloges installées en 1714, 1761 et 1869. Plusieurs caveaux creusés sous les chapelles latérales et à l'entrée de la nef, comme dans nombre d'églises malgré la présence de cimetières, servent d'ultime demeure à des centaines de Sétois au XVIIIe siècle. Mise à mal par la Révolution, servant alors de salle de réunion, elle retrouve le culte en 1801 et fait l'objet d'aménagements, notamment par la construction du perron, conçu en 1751 mais réalisé vers 1805, année où est prise la décision de placer des orgues installées en 1843 seulement, œuvre du facteur montpelliérain Moitessier. Tout au long du XIXe siècle, en particulier sous l'impulsion du curé doyen Gaffino, l'église est transformée, embellie, les vitraux actuels étant mis en place en 1892. Une restauration complète de l'ensemble, réalisée en 1986 -1987, permet d'apprécier la pureté et la sobriété de l'architecture. A cette occasion, il apparut que les chapelles latérales communiquaient avec le transept par une ouverture voûtée dont l'une conservait quelques fresques.

La rue des TROIS JOURNEES (délib. 12 mai 1883) relie les quartiers haut et bas de la ville en frôlant la base du perron de l'église Saint-Louis. Constituée de deux tronçons coudés, elle porta le nom de rue Saint-Louis en sa partie basse (rues Garenne - Villaret Joyeuse), débaptisée en rue de l'Égalité le 8 janvier 1799, et celui de rue de la Citadelle en sa partie haute, devenue sous le Directoire rue de la Convention. Le cadastre de 1827 rétablit les appellations et le nom de rue Saint-Louis s'impose au milieu du siècle jusqu'à l'hommage rendu aux Trois Glorieuses des 27-29 juillet 1830, événements parisiens de la Révolution conduisant Charles X à abdiquer. S'en détache la rue Rapide menant à la grand'rue Mario Roustan.

La rue GARENNE partant de la rue du Palais pour se perdre sur les pentes de Saint-Clair par la rue GARENNE PROLONGEE (délib. 10 avri11963) fut connue avant la Révolution sous le nom des rues Garenne et Rencontre débaptisées le 8 janvier 1799 en rue Bonaparte et dénommées au cadastre de 1827 rues Bourbon (partie basse), Charles (rues Pascal - grande-rue Haute) et traverse Fraissinet (rue Garenne prolongée). L'unité se fit ensuite jusqu'à nos jours, un E remplaçant le O du nom de cette famille Garonne venue sur l'île au XVIIe siècle. Charles ne figure-t-il pas en 1698 au sein de l'assemblée municipale et peut-être, d'ailleurs, s'agit-il de l'origine de cette rue Charles du XIXe siècle ? Clavaire en 1712, il laisse la place de consul à son fils Louis en 1718, auditeur des comptes en 1720, mais devient à son tour consul en 1721. Louis, avocat, réapparaît en 1723 au sein du conseil politique, directeur des pauvres l'année suivante, conseiller en 1725, 1727, remplacé par Thomas en 1728 alors que Charles-Louis, bourgeois, est élu maire en 1757-1758, directeur de l'hôpital en 1759-1761, conseiller en 1766, trésorier de 1769 à 1786 pour autant qu'il s'agisse du même Garonne que celui qui est élu encore en juin 1789 conseiller pour la 2e classe, courtier alors, mais dit Garonne père candidat député à la Constituante et l'un des dix-huit conseillers généraux de Sète en 1790. Une telle énumération peut paraître longue mais n'en est pas moins l'expression d'un siècle vécu par une même famille au sein de l'administration municipale sétoise. Propriétaire de parcelles dans le quartier Haut, rien ne fut plus logique qu'elle demeurât présente encore par le nom d'une rue de laquelle se détache en son prolongement la rue du PARC (délib. 10 novembre 1963, C.R. 27) dont l'appellation tire son origine d'une résidence ainsi dénommée.

La rue PASCAL (délib. 12 mai 1883) fut, pour sa proximité avec l'église Saint-Louis à laquelle elle conduit depuis pour ainsi dire l'église Saint-Joseph, et donc pour les processions qui s'y pouvaient organiser, la rue du Saint-Sacrement, rebaptisée en rue Décadaire le 8 janvier 1799 par référence au décadi chômé remplaçant le dimanche chrétien, mais retrouvant sa dénomination par la suite. Elle abrita les bureaux de la Caisse d'Épargne au n° 34 de 1884 à 1892; s'y trouve l'école Voltaire mais rien d'étonnant à ce que se détache de cette rue honorant le mathématicien philosophe que fut Blaise Pascal (1623 - 1662) l'impasse des PROVINCIALES rappelant précisément l'une des œuvres de ce Clermontois. Dite impasse des Frères, impasse Pascal (délib. 12 mai 1883), elle reçut sa dénomination actuelle le 21 février 1984 afin d'éviter une éventuelle confusion de lieux tout en demeurant un hommage à l'auteur de ces dix-huit lettres écrites pour la défense des jansénistes de Port- Royal. S'y trouve le Centre d'Information et d'Orientation scolaire et professionnelle.

Parallèle aux rues Garenne et Paul Valéry dont elle est le centre, la rue LOUIS BLANC (délib. 12 mai 1883) évoque le socialiste français auteur d'une brochure sur «l'organisation du Travail» (1839) dans laquelle il s'attaque à la notion de concurrence. Député de Paris en avril 1848, il doit s'exiler après les journées de juin qui voient l'avènement de la Seconde République. De retour en France en 1870, il est élu à la Chambre des députés. Cette rue dont la partie basse longe la place Léon Blum, dénommée rue Saint-Clair et rue du Père Esquerelle au XVIIIe siècle, devient la rue Jourdan Fleurus de l'Observatoire sur proposition du 4 janvier 1799 approuvée le 8. Le cadastre de 1827 la divise en quatre parties : descente du Quai (le long de la place Léon Blum), rues Lardat (jusqu'à la rue Pascal), Esperelles (grande-rue Haute), et Saint-Jean (jusqu'à la rue Villefranche). Au milieu du XIXe siècle, elle s'unifie sous le nom de rue Saint-Clair d'un seul tenant prolongée, quasiment dans un même axe, par le raide chemin du mas Rousson grimpant sur les pentes du mont Saint-Clair.

L'ensemble du quartier Haut est ceinturé enfin par la rue VILLEFRANCHE du lycée Paul Valéry à la rue Garenne prolongée. Une telle dénomination succéda-t-elle à celle de la rue Saint-Pierre ? Le nom de cette dernière fait partie, en effet, de la liste des rues débaptisées le 8 janvier 1799 et sa place dans l'énumération laisse à penser qu'il peut y avoir une certaine concordance. Si tel est le cas, elle devint la rue de la Fraternité, pour être portée en tant que «Villefrach» sur le cadastre de 1827. Quoiqu'il en soit de la contraction, il s'agit de l'évocation des privilèges royaux accordés le 30 septembre 1673 selon lesquels Sète fut notamment exemptée du paiement de la taille, premiers d'une série qui en quelques années seulement confirma la volonté de Louis XIV et de Colbert de voir se développer le nouveau port du Languedoc par l'octroi d'avantages fiscaux. Cette rue abrite plusieurs établissements scolaires : les écoles Paul Bert et Louis Pasteur, le Centre de Formation des Apprentis qui va émigrer à l'extrémité du quai de Bosc et le Lycée d'Enseignement Professionnel Saint-Clair dans lequel se serait trouvé le premier collège de Sète de 1805 à 1816. L'école des Dominicaines y fonctionna également de 1856 à 1903. Au n° 1, se trouve le Bureau d'Aide Sociale. Les plans du milieu du XIXe siècle permettent de discerner un espace vide dans l'axe du chemin du mas Rousson, en haut de la rue Louis Blanc. Sorte de cour désormais isolée de la rue, il était appelé familièrement par les Sétois «la cachiu», c'est-à-dire le repaire des Cachous ou italiens misérables si l'on en croit « Lou Pichot Trésor», dictionnaire de Xavier de Fourvières.

Extrait « Les rues de Sète » 1988
Alain DEGAGE
Édition Ville de Sète